Certains noms de rues sont décoratifs ; d’autres décrivent un métier. Tımarcı Sokak, où se trouve Meroddi Pera Flats, et l’Otçu Sokak voisine appartiennent à la seconde catégorie : ces deux noms gardent le souvenir d’un travail qui se répétait ici chaque matin il y a 150 ans.
1871 : les chevaux arrivent en ville
La première ligne de tramway hippomobile de Türkiye est entrée en service en 1871 — à seulement 150 mètres environ de ces rues. Les chevaux tirant les wagons sur les rails représentaient une révolution pour l’Istanbul de l’époque : pour la première fois, un transport public ferroviaire et régulier faisait partie de la vie urbaine. Mais toute révolution a ses coulisses. Les chevaux qui tiraient ces wagons avaient besoin chaque jour de soins, de repos et de nourriture.
Ces rues étaient ces coulisses. Tımarcı Sokak tire son nom de cette époque où les chevaux de tramway y étaient pansés — brossés et soignés. Sa voisine immédiate, Otçu Sokak, évoque les jours où les chevaux paissaient et où leur nourriture était préparée. Autrement dit, sur les trottoirs où vous marchez aujourd’hui avec votre valise, la première flotte de transports publics d’Istanbul reprenait autrefois son souffle.
L’ancien nom de la rue : Cerrahpaşa
L’histoire comporte une autre couche. Le livre consacré aux Barnathan Apartmanları nous apprend que Tımarcı Sokak portait autrefois le nom de Cerrahpaşa. Sur les cartes d’assurance de 1906, on voit dans cette rue un bûcher et une maison de vin ; au coin, une pharmacie et une épicerie. Avec ses cafés, ses maisons de vin, ses cordonniers et ses tailleurs, c’était déjà une rue commerçante animée il y a un siècle — le tissu actuel de cafés et d’ateliers est en réalité la continuité d’une vieille habitude.
Un voisin avec des tourterelles
La majestueuse façade que vous apercevrez depuis une extrémité de Tımarcı Sokak est celle des Barnathan Apartmanları, construits en 1892 — le voisin d’en face, vieux de 130 ans, de Meroddi Pera Flats. Et ce voisin possède une particularité méconnue : depuis le jour de sa construction, des tourterelles nichent parmi les reliefs de pierre de ses corniches. Le bruit des fers à cheval s’est tu depuis longtemps, le tramway est devenu électrique, la rue a changé de nom plusieurs fois ; mais les tourterelles sont toujours sur les mêmes corniches. L’histoire d’une ville se mesure parfois ainsi — à ses nids d’oiseaux.
Lors de votre promenade aujourd’hui
En sortant de Pera Flats, offrez-vous une promenade de deux minutes : de Tımarcı à Otçu, puis jusqu’à Şahkulu. Lire les plaques de rues en marchant est un cours d’histoire gratuit dans ce quartier. Après avoir suivi la trace des chevaux, vous pourrez poursuivre avec l’histoire souterraine du Tünel ou observer de plus près les histoires gravées dans la pierre du voisin d’en face.
Pour séjourner au cœur de ces rues : Meroddi Pera Flats →



